Une virée en Anjou

                                   

L’Anjou, c’est un peu comme un aimant, une drogue (douce): on ne peut pas s’empêcher d’y retourner. Les paysages sont splendides, les vignerons hyper talentueux (enfin…pas tous, mais une bonne poignée), les terroirs immenses et les cépages divins. Arrêtons les épithètes élogieuses et venons-en au vif du sujet: nous avons choisi cette région pour trancher l’épineuse question: « Quid du millésime 2013? ».

Tout le monde connait la triste saga du millésime 2013: la région de Beaune « nettoyée » par la grêle, les raisins à Vouvray annihilés, le Jura sinistré, le Cahors décimé, sans parler de Bordeaux, Faugères et certaines parties du Rhône… La liste est longue et les conséquences catastrophiques: certains vignerons arrêtent leur activité et d’autres dans des régions plus prestigieuses « explosent » les prix. Désormais, vous ne pourrez boire un Grand Cru de Bourgogne qu’en rêve…

Ceux qui ont échappé à la grêle, la coulure ou le gel se sont fait rattraper  par la pourriture au moment des vendanges. C’est le cas de l’Anjou. Fin août les vignerons étaient plutôt contents: les raisins étaient sains et abondants. Et patatras! en septembre une combinaison de fortes pluies et de chaleur a compromis les récoltes: les vignerons ont assisté impuissants au pourrissement des raisins. Face à une telle catastrophe le monde des vignerons se divise en deux: les peu scrupuleux qui ramassent (presque) tout. Du coup vous vous retrouvez avec des vins dilués (et « bidouillés ») ayant un goût de champignon moisi… et ceux qui opèrent un tri drastique des raisins à la vigne et/ou au chai.

Mais même en triant drastiquement on n’évite pas certains problèmes: des jus dilués et plus « fragiles » aux attaques bactériennes. Bref, quitte à paraître un poil « lapidaires », disons qu’en 2013 les vins naturels sans sulfites ajoutés seront plus fragiles (ou si vous préférez plus « rock ‘n’ roll »).

Les amis-vignerons que nous avons vus avaient le moral en berne, car deux années maigres de suite n’arrangent pas leurs affaires. Richard Leroy a même retardé sa déclaration de vendanges pour se réserver le droit de « liquider » ses barriques. Bref, on était à deux doigts de se retrouver avec zéro bouteille de Leroy 2013. Au début les jus étaient bruns (l’oxydation!) , avec un côté dilué peu rassurant. Puis une semaine avant notre passage ils se sont clarifiés et concentrés. Du coup Richard est plutôt content, avec des vins qui s’annoncent fins, élégants, légers avec une belle trame acide et un équilibre souverain. On ne sera pas sur la puissance ni le potentiel de garde de 2010, mais les vins auront une fraîcheur et une « buvabilité » extrêmes. Avec à peine 4000 bouteilles, le plaisir sera extrême et la lutte chaude!

        

Nous sommes ensuite allés voir un autre vigneron surdoué, Benoît Courault à Faye d’Anjou. Benoît nous a fait goûter ses cuvées de blanc et de rouge en 2013 en se demandant si ça valait la peine de les commercialiser. Nous pensons que oui! Les rouges traversent une phase de réduction (un phénomène normal à ce stade) mais la finesse du grain laisse présager des vins frais, légers et gourmands. Quant aux blancs, la minéralité, la tension et la complexité des vins nous a subjugués! Benoît est à un tel niveau d’exigence sur des terroirs de folie que nous pouvons affirmer sans ambages qu’il sera la future star d’Anjou. Nous en reparlerons!

       

Nous avons fini notre tournée chez Bruno Rochard du domaine de Mirebeau à Rablay-sur-Layon. Nous étions logés sur place dans sa magnifique chapelle reconvertie en gîte  avec une seule chambre. Inutile de vous dire qu’assister au lever du soleil sur les vignes de Bruno fait partie des émotions du métier que nous n’abandonnerions pour rien au monde!

Bruno Rochard a moins souffert que les autres car il est dans une cuvette sur des sols argilo-graveleux qui permettent un murissement précoce du Cabernet Franc. Du coup il est ravi d’avoir rentré une vendange saine et relativement abondante. Ses Chenins sont superbes d’ampleur et de tension, le Grolleau est dense  et épicé et le Cabernet Franc fruité, mûr (indispensable pour ce cépage!) et rond. Bref, nous aurons le plaisir d’avoir en 2014 de très jolis vins en quantité « raisonnable » de ce domaine.

Juste avant de repartir nous avons fait un tour à l’épicerie associative « Bio » du village de Rablay-sur-Layon, histoire de s’approvisionner en poissons fumés, pains et légumes à des prix défiant toute concurrence (parisienne!…).

Vous l’aurez compris, on aura de très jolis vins d’Anjou en 2013. Il n’y en aura pas pour tout le monde, mais chez les vignerons qui « savent faire », les vins seront légers, fruités et gouleyants.

Du coup 2013 est la preuve que même dans des millésimes compliqués les « bios » font  mieux que les autres…

En ce moment Mi-Fugue Mi-Raisin vous propose les vins suivants des domaines mentionnés:

Benoît Courault: En blanc: Le Petit Chemin, Gilbourg et Les Guinechiens. En rouge: Les Tabeneaux et La Coulée. La cuvée Les Guinechiens est pour nous un des plus beaux Chenins de Loire!

Richard Leroy: pas de vins pour l’instant! Les Rouliers et Les Noëls de Montbenault 2012 seront disponibles au printemps. Patience!…

Bruno Rochard: En blanc: Les feuillettes 2012 et Moque-Souris 2012. En rouge: Le P’tit Clou 2012 et le Gué des Mûriers 2012. Pour nous ce domaine est une révélation au niveau de la pureté des vins…et du rapport qualité/prix!

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